Chutes chromatiques

8 Octobre - 7 Novembre 2020
C’est avec grand plaisir que McBride Contemporain présente Chutes chromatiques, une exposition en tandem des nouvelles toiles de David Blatherwick et Frédérique Ulman-Gagné. Fiers héritiers de l’abstraction lyrique, ces deux artistes ont condensé et repensé les bases de leurs influences et démarches à travers des années de recherches en atelier et en exposition. En effet, l’installation a toujours joué un rôle important dans leur exploration de l’abstraction et dans la production de nombreux corpus aux esthétiques et modes d’expression uniques. Autre élément majeur partagé par ces artistes : la couleur. Impressionnants coloristes et explorateurs dévoués, ils ont déployé tout au long de leur carrière une riche et résonnante palette à travers différentes stratégies picturales. Cette exposition présente un pénétrant aperçu de l’amplitude et de l’impact de leur technique. Par l’emploi subtil de couleurs vives et l’usage de tons plus doux comme gamme chromatique principale, les œuvres de Blatherwick et Ulman-Gagné offrent au spectateur une expérience originale, d’une beauté étrange et à la présentation unique. 

Les tableaux récents de David Blatherwick s’articulent autour d’un thème inhabituel pour l’artiste, reflet de son approche innovante en constante recherche de nouveaux sujets et compositions : le modèle-vivant. Après avoir fait un dessin d’observation d’après modèle, Blatherwick isole un détail formel particulièrement stimulant qui servira comme point de départ pour sa nouvelle œuvre. Toujours de manière libre, il construit le tableau par couches successives, à la recherche des combinaisons les plus surprenantes et expressives de formes, de textures, de couleurs. L’artiste en arrive ainsi à une composition finale, résultat d’une sensibilité formée par des années d’expérience. Sa palette aussi est libre et spontanée de nature, saisissant la singularité de chaque toile grâce à l’identité chromatique unique que l’artiste
a construite. Aussi étranges que rafraîchissants, ces tableaux récents d’une beauté presque déconcertante déploient leur élégance au fur et à mesure qu’on les contemple. 
 

Les œuvres d’Ulman-Gagné allient richesse chromatique et langage formel percutant pour générer chez le spectateur une impression de décalage quant à ce qu’il regarde. Un paysage, une scène, des objets et peut-être des personnages y apparaissent, s’effacent ou s’occultent partiellement, puis se rematérialisent sans que l’œil ne puisse les identifier ni les définir au-delà de ce qu’il perçoit de leurs propriétés formelles. L’artiste joue à la fois sur les motifs et leur perturbation pour générer une intrigue qui emprisonne le regard. Forme, espace, figure, sol, avant-plan et arrière-plan s’attirent et se repoussent, circulent et s’intervertissent à la surface du tableau jusqu’à atteindre le point d’équilibre désigné par l’artiste — équilibre qui incorpore toujours une certaine distorsion. L’emploi de motifs résolument décoratifs ne relève pas d’une surdétermination stylistique ou idéologique, plutôt l’artiste les met en scène en leur insufflant une vie qui leur est propre et un imaginaire d’autant plus riche. Son usage audacieux, voire bouillonnant, de la couleur achève de renforcer la brillance de ces effervescents tableaux.